Et si votre médecin vous prescrivait une dose de musée pour vous soigner ? Quand des visites culturelles se font sur ordonnance.
Depuis décembre 2024, le département des Yvelines met à disposition des professionnels de santé des « prescriptions muséales ». L’idée : faire une ordonnance afin que leurs patients puissent aller voir gratuitement des œuvres d’art. Découverte.
Imaginez ! Vous allez voir votre médecin. Vous êtes stressé, votre travail vous rend anxieux. Vous lui décrivez votre état et en fin de consultation, il ne vous prescrit pas seulement un traitement médical classique mais également une visite au musée pour deux. Cela vous paraît incongru ? C’est pourtant ce que propose depuis plusieurs mois le département des Yvelines. Des visites gratuites sur ordonnance dans 18 établissements culturels dont le Musée d’Archéologie Nationale de Saint-Germain-en-Laye, la Maison Elsa Triolet-Aragon à Saint-Arnoult-en-Yvelines ou encore le Parc aux Etoiles de Triel-sur-Seine.
« Cela s’appelle les prescriptions muséales. C’est de la muséothérapie, un type de médecine douce« , explique Pierre-Marie Vautier, chargé du développement touristique et de la politique des publics pour le département. Il est notamment en charge du programme Yvelines Musées Solidaires. Testées pour la première fois en 2025, ces prescriptions ont été reconduites par le département cette année.
« Elles sont prescrites aux patients atteints de pathologies liées au stress, ou qui entraînent des troubles de la personnalité« , note le chargé de mission. « Le fait d’aller au musée remplit une double fonction. D’abord, le patient va dans un endroit calme où il peut se ressourcer loin de l’agitation de la vie quotidienne. Il y va avec un proche ou un aidant donc cela peut contribuer à resserrer des liens. Deuxièmement, voir des œuvres d’art permet de penser à autre chose que la douleur« , précise Pierre-Marie Vautier.
Des sorties pour « réactiver des souvenirs »
L’art comme thérapie, Elena Van Eck, ergothérapeute à l’Hôpital Gérontologique de Chevreuse y recourt auprès des patients. « Avec l’ensemble du personnel médical, on choisit les sorties en fonction des intérêts des résidents. On s’assure ensuite de l’accessibilité des locaux et le médecin de l’hôpital valide la prescription« . Ces patients sont atteints pour la plupart de maladies cognitives comme Alzheimer ou Parkinson. « Ces sorties leur permettent de réactiver des souvenirs, de casser la monotonie de leur quotidien à l’hôpital. Pour certains, c’est une façon de se sociabiliser à nouveau ou de renouer des liens.
L’ergothérapeute raconte par exemple : « L’année dernière, nous avons organisé une sortie au musée du jouet à Poissy. La fille d’une résidente nous a dit qu’elle avait pu ensuite parler avec sa mère de son enfance. Que cela avait ravivé des souvenirs chez elle. Après les visites, nous faisons tout un travail sur la mémoire qui important pour tous les participants« . Ces prescriptions peuvent aussi être délivrées à des personnes précaires socialement. Une façon de leur permettre « un temps de pause, d’évasion et de recentrage » selon le département des Yvelines.
C’est la première fois que les prescriptions muséales sont déployées à l’échelle d’un département en France. Expérimenté pour la première fois au Québec en 2018, ce dispositif a depuis été mis en place à l’échelle de certaines villes en France comme à Rennes. « Pour mettre cela en place, nous nous sommes basés sur les informations de l’Organisation Mondiale de la Santé« , souligne Pierre-Marie Vautier.
Dans un rapport publié en 2019, l’OMS a mis en exergue les bienfaits de l’art sur la santé et le bien-être. « Les résultats de plus de 300 études identifient le rôle majeur des arts dans la prévention des problèmes de santé, dans l’amélioration de la santé et dans la gestion et le traitement des maladies tout au long de la vie ». En 2025, le dispositif mis en place dans les Yvelines a permis plus de 200 visites de musées via des prescriptions. Un chiffre qui « devrait être largement dépassé en 2026« , d’après Pierre-Marie Vautier.
